Cumulé, partagé, divisé… L’écran.

Lecture de l’article rédigé par Bruno Lessard dans la revue canadienne Parachute (qui n’est hélas plus publiée)
Bruno Lessard (université de Montréal), Interface, corporéité, et intermédialité. Sonata de Grahame Weinbren, Parachute 113, 2004
Extrait:
L’installation de Weinbren soulève plusieurs questions reliées à la «tactilité» de l’expérience intermédiatique. Le dispositif de l’oeuvre implique en effet des enjeux relationnels, entre les médias et le corps humain, dans la mesure où un pont s’établit dans les transferts entre la matérialité des cordes pincées du violon et des notes frappées du piano dans la performance de la Sonate à Kreuzer, opus 47 de Beethoven et entre la matérialité du livre et la matérialité de l’écran tactile. Ainsi la rencontre entre le cinématographique et le numérique propose la corporéité dans l’expérience esthétique. 

Grahame Weinbren, né en 1947 à Afrique du sud, est connu pour ses travaux dans le domaine du cinéma interactif. Sonata (1991-93) en est un exemple, l’installation utilise un écran tactile par lequel le spectateur peut agir sur le fil de la narration. Trois strates narratives se superposent, et s’organisent en fonction de la performance réalisée par le spectateur.

Grahame Weinbren, Sonata (1991-93)

Grahame Weinbren, Sonata (1991-93)

Darren Aronofsky (né en 1969, New York), Requiem for a Dream (2000)
Il s’agit d’une adaptation d’un roman de Hubert Selby paru en 1978, Retour à Brooklyn (titre original : Requiem for a Dream)
Ce film présente trois exemples d’écrans partagés, les éléments proches physiquement se trouvent ainsi mis à distance.

Requiem for a Dream, 2000, chapitre 1
L’écran se partage par un balayage au moment où la mère du héros s’enferme en clôturant la porte. C’est un simple champ contre-champ, et l’endroit de la séparation de l’écran souligne la matérialité de la porte scellée.

Darren Aronofsky, Requiem for a Dream (2000), Chapitre 1

Requiem for a Dream, 2000, chapitre 4
Dans cette scène s’organise un jeu entre le fil continu de la conversation, et les gestes amoureux des protagonistes qui se désynchronisent. Les mouvements sont décalés spatialement et temporellement alors que le temps semble rester linéaire.

Requiem for a Dream, 2000, chapitre 4

Requiem for a Dream, 2000, chapitre 7
L’écran est ici scindé dans l’horizontalité, l’espace de tournage est ainsi synthétisé dans sa verticalité haut-bas. Le personnage regarde en bas ce qui nous est présenté dans la partie inférieure de l’image.

Requiem for a Dream, 2000, chapitre 7

Sophie Calle, né en 1953, France
Lors de la dernière biennale de Venise (2007), Sophie Calle l’artiste représentant le pavillon français, a proposé l’ensemble de son œuvre Prenez soin de vous. L’artiste reçoit un jour un mail de rupture qu’elle entreprend de faire lire et analyser par cent sept femmes – dont une à plumes et deux en bois -, choisies pour leur métier, leur talent d’interpréter la lettre sous un angle professionnel. L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer. L’épuiser (Sophie calle, Prenez soin de vous, Actes Sud, Arles, 2007). Ces participations sont présentées sous des formes distinctes, affichages de leurs commentaires, photographies, témoignages filmés. Dans l’une des salles, trente-trois écrans sont juxtaposés, avec à chaque fois une artiste interprétant la lettre. Un écran plus grand affiche alternativement l’ensemble de ces séquences. L’œuvre est une sorte de diagramme scintillant, ressemblant à certains égards aux panneaux des indices boursiers, des arrivées d’avions, ils réfléchissent l’activité sismique de ces femmes en représentation. Chaque écran est un rôle, résonnant d’une voix singulière et commune. Cette installation figure une planche consacrée à toutes les déclinaisons de la féminité, elle transcende les âges, les temps, les cultures. (L’image en partage, CB)

Sophie calle, Prenez soin de vous, dispositif biennale de Venise 2007Sophie calle, Prenez soin de vous, dispositif biennale de Venise 2007

Sophie calle, Prenez soin de vous, Feist

Sophie calle, Prenez soin de vous, Feist

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